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Ce blog n'est pas un livre construit mais un ensemble de touches d'émotions ou de réflexions nées de quelques années de parcours professionnel et amical dans trois pays du Sud essentiellement : Haïti, Congo RDC et le Sénégal. Vos commentaires sont bienvenus autour de ces textes sans prétention. Juste un partage pour aussi faire découvrir de belles histoires au Sud et des moins drôles. Et n'oubliez pas de cliquer sur "plus d'infos" pour voir la suite de chaque billet !

vendredi 10 juin 2011

AUTOUR DE L'ACHAT DE L'ESPADON

Je parle encore de mes pérégrinations dans le monde la pêche au Sénégal, tellement difficile à cerner. Un Français, tout à fait correct dans sa démarche (rapprochement avec les pêcheurs, partage de savoir-faire avec les nationaux) veut fumer à froid de l’espadon. Il offre un produit de qualité. La question est : comment trouver de l’espadon ? Je considère que la question est très simple et utilise mes relations avec les organisations de pêcheurs pour lui apporter des informations sur la manière de trouver de la matière première. Je ne savais pas où je mettais les pieds.
Pourquoi me suis-je mêler de cette affaire ? Je crois profondément qu’on peut bâtir des alliances productives entre des producteurs (les pêcheurs d’espadon) et des consommateurs (le transformateur d’espadon en poisson fumé). Une alliance productive est un contrat passé entre les deux parties – qui peut inclure des intermédiaires – dans lequel on précise des prix, des fréquences de livraison et d’achat, et des qualités.
Certes le prix de l’espadon varie de 7000 à 20 000 FCFA pièce suivant l’abondance de la saison. Toute la question est de savoir si le pêcheur vend la majeure partie de sa prise à 7 000 FCFA ou à un prix supérieur. Le pêcheur pourrait avoir tout intérêt à se mettre d’accord avec le consommateur pour une absorption intégrale de sa production à un prix moyen annuel. Il connaîtrait mieux le revenu qu’il peut attendre. Et cela arrangerait l’industriel qui ne peut répercuter les fluctuations de prix sur sa barquette de poisson fumé. Une fois l’alliance productive conclue, il est facile pour un organisme de financement d’assurer le fonds de roulement de l’opération. La finance s’adapte alors aux réalités.
Plus facile à dire qu’à faire.
Fort de mes relations dans le milieu je demande à rencontrer des pêcheurs d’un village de la région intervient la SIDI. En fait de pêcheurs on me fait rencontrer trois mareyeurs, originaire du lieu. Il est clair que ces mareyeurs tiennent les pêcheurs en les finançant. Mais pourquoi ne m’a-t-il pas été possible dans ce village de parler en direct aux pêcheurs ? Les mareyeurs, informés de la vente à un transformateur blanc avait préparé leur discours. « L’an dernier on a refusé de vendre à un industriel de la pêche à 15 000 FCFA pièce. Je suis déjà en dehors des clous. Le transformateur proposait un prix moyen de 9 000 FCFA pièce. Je me demande alors s’il ne rêve pas.
Les mareyeurs insistent lourdement sur le respect du prix du marché et l’idée du prix moyen ne leur plaît pas. On ne change pas une culture commerciale d’un coup de baguette magique. Ils me disent encore qu’ils ont perdu beaucoup d’argent avec les pêcheurs quand ils leur ont prêté, que ce ne sont pas des gens fiables, qu’un jour ils débarquent leurs prises à Mbour, un autre jour à Rufisque, sans prévenir quiconque.  Je repars de la rencontre un peu dépité, sans solution… et amer de ne pas avoir rencontré les pêcheurs eux-mêmes.
Par hasard je rencontre le gérant d’un club de pêche sportive à Ngor, un Français également très ouvert à des problématiques favorables au Sénégal, aux Sénégalais, à la protection de la ressource halieutique. Il est avec des clients. L’un deux qui prend la conversation en cours de route m’agresse sauvagement en prétendant qu’en recherchant 100 espadons par mois je vais tuer la pêche sportive et l’espadon. Je le ramasse car il est impoli. Incident de parcours. Les autres adeptes de la pêches sportive m’expliquent : « la pêche artisanale utilise des filets dérivants qui sont interdits, ou pêchent à la bouée. Ils font de véritables razzia sur les espadons ». »Si tu veux de l’espadon en quantité va à Yoff : Ils les entassent au soleil. Mais on ne te garantit pas la qualité. »
J’apprends encore dans les discussions deux faits importants :
  1. La pêche industrielle n’est pas intéressée par l’espadon, vendu à bas prix sur le marché européen. Elle revend volontiers en mer aux pêcheurs artisanaux ;
  2. Il arrive fréquemment que les pêcheurs de sardinelles pêchent de l’espadon alors qu’ils n’ont pas de licence pour le vendre. Ils le vendent donc en mer à des pirogues de pêche du jour à 5000 FCFA l’espadon.
La solution ? Peut être disposer d’un bateau qui récupère l’espadon en mer. L’espadon sera plus frais, n’aura aucun contact avec le sable et sera obtenu à moindre prix.
Des amis sénégalais conseillent. Le transformateur blanc ne doit ps apparaître sinon cela fait monter automatiquement les prix. Un ami pêcheur dit qu’on peut passer accord avec certaines familles de pêcheurs qui seraient prêtes à jouer le jeu du prix moyen. Un autre, propriétaire d’une usine de glace et de chambres froides, dit qu’il peut acheter à prix raisonnable et revendre au transformateur de poisson fumé. Cet industriel est digne de confiance. Que choisir ?
Mais on est loin de l’alliance productive avec contrat entre pêcheur et transformateur.

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