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Ce blog n'est pas un livre construit mais un ensemble de touches d'émotions ou de réflexions nées de quelques années de parcours professionnel et amical dans trois pays du Sud essentiellement : Haïti, Congo RDC et le Sénégal. Vos commentaires sont bienvenus autour de ces textes sans prétention. Juste un partage pour aussi faire découvrir de belles histoires au Sud et des moins drôles. Et n'oubliez pas de cliquer sur "plus d'infos" pour voir la suite de chaque billet !

dimanche 21 août 2011

VRAIES ET FAUSSES SOLUTIONS A LA CRISE

18 août : Merkel et Sarkozy n'ont pas convaincu. Et les bourses ne vont toujours pas si bien.   Grâce au Monde, je suis la pensée de Soros, ce grand spéculateur international (il sait de quoi il parle !) qui dit hier : "L'Europe est en danger. La situation est grave et les autorités commencent seulement à prendre la chose au sérieux". Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, écrit le même jour : "Ouvrons les yeux : l'euro et l'Europe sont au bord du gouffre". Ces remarques confirment la pensée de quelques grands économistes et viennent après les effets d'annonce (un flop !) du couple Merkel / Sarkozy. Les échos, journal économique français, très conservateur, titrait le 19 août : "Stupeur et tremblements : La zone euro au pied du mur ?"
Ce billet traite des mesures prises, des mesures annoncées et des mesures cachées dans le cas de la crise actuelle. Mais rappelons en première partie que les grandes institutions internationales qui pilotent ce monde dans la voie du libéralisme ont une longue expérience dans le "redressement" supposé de pays en difficulté. 

PETITS RAPPELS HISTORIQUES
Les ajustements structurels en Afrique
L'Afrique a eu son lot de redressements. Tous les pays ou presque sont passés par les fourches caudines des ajustement structurels au début des années 1980. Dans son livre sur l'ajustement structurel en Afrique (Editions Karthala) Gilles Duruflé raconte cette période et ses effets :
L'Afrique ne s'est toujours pas remise de ces plans faits à base de licenciements de fonctionnaires, suppression de services privés, marchandisation de la santé et fermetures d'hôpitaux, suppression des services agricoles, fermeture des banques de développement etc. Les crédits octroyés à l'époque par les organisations internationales ont permis à des dirigeants peu scrupuleux de dépenser n'importe comment dans des investissements qui étaient souvent surfacturés par les puissances dominantes. Ces plans n'ont rien donné sauf plus de misère et de pauvreté et si l'Afrique était sur la bonne voie économique cela se saurait.

La crise des subprimes (2006 - 2009)
Cette crise fut due à la surévaluation du marché de l'immobilier et à l'impossibilité des familles de condition modeste de rembourser leurs prêts. Les banques se retrouvaient, dans bien des pays (y compris à l'étranger vu la mondialisation de la finance), avec des actifs toxiques nés du non remboursement des clients mais aussi des mécaniques de titritisation des créances des banques. Plusieurs banques ont dû fermer leurs portes tandis que d'autres furent largement aidées par les Etats sans grande contrepartie. Le patron de la Banque de France a estimé la perte à quelques 250 milliards de dollars !  
ou voir la vidéo de rue89 qui suit, plutôt pédagogique.. et drôle (vu le sujet, cela ne fait pas de mal !!!


On retiendra de la crise des subprimes la capacité des Etats à renflouer les banques. Joli cadeau, n'est-ce pas ?

Le premier plan de sauvetage de la Grèce
Wikipédia nous en rappelle les contours : 
"Le 23 avril 2010, la Grèce requiert l'aide du FMI et de l'UEM. Après négociation un accord est trouvé le 2 mai 2010. Athènes obtient des crédits de l'Union européenne et du FMI à hauteur de 110 milliards d'euros sur trois ans (80 milliards d'euros prêtés par les pays de la zone euro et 30 milliards par le FMI).
En contrepartie, la Grèce prend une série de mesures dont l'application sera étroitement surveillée par les bailleurs de fonds : le FMI et les pays de la zone euro. Parmi les mesures faisant partie de l'accord, nous pouvons citer :
  • la suppression des 13e et 14e mois dans la fonction publique compensée par une prime annuelle de 1 000 euros pour les fonctionnaires gagnant moins de 3 000 euros et
  • gel des salaires des fonctionnaires pendant trois ans
  • si le treizième mois est maintenu dans le secteur privé, la flexibilité du marché du travail sera renforcée
  • la durée de cotisations retraites sera portée de 37 annuités à 40 annuités en 2015
  • ouverture de professions fermées
  • taxe sur les résidences illégales
  • nouvelle hausse de la TVA qui doit être portée à 23 %"

L'austérité était vraiment à l'ordre du jour dans ce plan de sauvetage, avec son cortège de misères. Les mesures n'ont pas suffi. L'Europe et le FMI viennent de se remettre à table pour un nouveau plan de sauvetage au grand dam des populations qui ne cessent de protester. Le problème n'est pas seulement grec et la crise est bien là, révoltante comme en témoigne cette vidéo tournée avant la crise actuelle.

             Euronews, 29-31 mai 2011
On peut ne pas prendre au sérieux ces mouvements des indignés. On peut dire aussi que ce qui s'est passé au Royaume Uni n'était qu'une affaire de casseurs. On doit cependant s'étonner de cette révolte généralisée des jeunes de nombreux pays, faisant comme un écho aux révoltes des pays arabes. Et probablement, il faut s'en convaincre, les conditions de vie en sont la cause. 
Deuxième plan de sauvetage de la Grèce
L'agence de notation Moody's a dégradé lundi 25 juillet de trois crans la note de la dette à long terme de la Grèce, sous perfusion internationale, et la place désormais à deux crans du défaut de paiement. Standard & Poor's a aussi dégradé la note de la Grès fin juillet.
Le nouveau plan réinjecte 160 milliards d'euros et donc augmente l'endettement de la Grèce.  Toutefois, cet endettement se fait à conditions plus douces que le plan précédent avec intervention possible du Fonds Européen de stabilisation financière doté de 440 millions d'euros. Les banques privées sont invitées à intervenir et seront couvertes en cas de défaut de paiement de la Grèce. D'autres mesures devraient intervenir dans le futur, accentuant l'austérité. La Grèce est largement invitée (sic!) à privatiser. La vidéo ci-dessous est riche d'enseignements mais les déclarations de la journaliste grecque, en fin de reportage sont tellement inquiétantes !


Les mesures prises
A côté de mesures spécifiques à la Grèce, d'autre mesures ont été prises pour répondre à la situation de la zone Euro :
1. Rachat limité par la BCE (Banque centrale Européenne) de dettes d'Etat (Italie et Espagne). La Banque Centrale Européenne s'est finalement décidée a racheté pour 22 milliards d'euros de titres d'états lors de la semaine close le 12 août... Bonne nouvelle pour les pays concernés. Les taux d'intérêt de cette partie de la dette vont rester stables !
2. Un Fonds de stabilité financière (FESF)  fut lancé en 2010 au niveau européen. Mais doté de 440 milliards d'euros sa capacité de rachat de dette est largement insuffisante si l'Italie (1868,2 milliards d'euros de dette) ou l'Espagne (1351 milliards d'euros de dette) venait à connaître de nouveaux problèmes.
3. Interdiction de ventes à découvert de titres de banques et de compagnies d'assurance dans 4 pays de l'Europe dont la France. Cela c'est cadeau pour les entreprises concernées mais ne touche pas sur le fond de la crise.

Les mesures annoncées
Donc les dirigeants européens (Merkel / Sarkozy) font de la communication pour essayer de faire croire qu'ils maîtrisent la situation. Ainsi, ils ont tenu une conférence de presse le mardi 16 août annonçant quatre mesures :
1. la création d'un "véritable gouvernement de la zone euro"
2. L'adoption d'une règle d'or budgétaire pour tous les pays membres de la zone, 
3. Un impôt sur les sociétés commun à la France et à l'Allemagne
4. Une taxation des transactions financières.
Que penser des dernières annonces ?
Les observateurs les plus indulgents disent que Merkel / Sarkozy ont plus réagi en architectes qu'en pompiers. Sauf qu'ils veulent se mêler, avec une arrogance sans nom, de la maison des autres et du palais (?) commun : l'Europe. Comment les dirigeants de deux pays peuvent-ils se permettre de dire publiquement, sans concertation préalable, qu'il faut un président d'un "gouvernement économique" élu (comment ? par qui ?) pour deux ans et demi, dont on donne déjà le nom, avec un gouvernement (constitué de qui ?) qui se réunirait au moins deux fois par an... C'est quelle démocratie cela ? Jacques Delors estime que la proposition de président ou de ministre de l'économie et des Finances de l'Europe est un "gadget farfelu" !!! D'autant qu'existe déjà un conseil des ministres européens des finances.
La proposition de la règle d'or n'est pas moins surprenante : le traité de Maastricht et le traité de Lisbonne, documents de référence pour l'Union Européenne, mentionnent déjà cette fameuse règle d'or sur laquelle la France et l'Allemagne se sont assis sans vergogne pendant des années ! Le discours aux autres pays européens est du genre : "fais ce que je dis mais ne fais pas ce que je faisais" !
La taxe sur les transactions financières : réclamée depuis longtemps par le mouvement altermondialiste ATTAC, elle était pensée pour accélérer la lutte contre la pauvreté dans les pays du Sud. Elle serait reprise pour combler les déficits budgétaires ? Aucune information concrète sur le montant de la taxe, sa finalité etc. Mais d'ores et déjà le Ministère des Finances britannique a annoncé qu'il ne voulait pas de cette taxe, arguant que les transactions financières fileraient dans d'autres pays si l'Europe s'engageait seule sur une telle voie. Je reviendrai dans un autre billet sur la taxe proposée par OXFAM et d'autres associations dite taxe "Robin des bois".
L'impôt commun sur les sociétés entre la France et l'Allemagne ? Je ne vois pas en quoi cette mesure apporte des solutions à la crise.
La conférence Merkel / Sarkozy a donc fait flop. Et ce vendredi 19 août les cours chutent encore... 

Normal que les cours continuent de chuter ! Ce n'est pas avec des mesures de long terme qu'on résout une crise aussi intense dans le présent ! Merkel / Sarkozy ont voulu rassurer les marchés et leur électorat. C'est raté. Des mesures attendues n'ont pas été annoncées. On verra par la suite que peu de gens parlent du fonds du problème : la crise de la croissance. Encore faut-il se mettre d'accord sur le type de croissance dont on parle.
D'autres annonces
Avec l'antériorité de la crise (les décideurs ont de l'expérience depuis le début de la crise en 2006 !) les paradis fiscaux ont été largement mis en cause. Le Luxembourg lui-même a été attaqué sur ses pratiques comme en témoigne la vidéo suivante tourné en octobre 2008 :

Mais de fait, depuis ces annonces, peu a été fait pour réduire leurs effets de nuisance. Donc on en reparle ces temps-ci.
L'autre annonce concerne la taxation des riches, sujet complexe. Deux outils existaient en France : l'impôt sur la fortune et le bouclier fiscal (limitant la taxation des riches à un maximum de 50% de leurs revenus sous le régime Sarkozy contre 60% avant). Début juillet 2011 le bouclier fiscal a été supprimé tandis que l'impôt sur la fortune a été allégé. Surprenant, non ? Maintenant, au coeur de la crise on parle de suppression des ou de certaines niches fiscales. Encore de l'hésitation dans l'air !    
Les mesures cachées
Par définition, elles n'apparaissent pas (!). Il ne faut pas perdre de vue que la France, l'Allemagne sont en période pré électorale. En ces temps sensibles, habituellement les politiciens font des cadeaux et ne s'engagent pas dans des mesures peu populaires. Il faut pourtant s'attendre à de l'austérité, beaucoup d'austérité ! Avec les politiciens que nous avons, il ne faut pas s'attendre à autre chose et les plans mis en oeuvre en Grèce ou au Royaume Uni sont très explicites. 
A vrai dire l'austérité a déjà commencé en France et en Allemagne, mais, marketing politique oblige, on ne l'annonce pas, on la pratique : gel des dépenses publiques jusqu'en 2013, réduction du nombre de fonctionnaires, déremboursements de médicaments, radiations suspectes de personnes sur des listes de chômeurs, fermeture d'établissements de santé publique, allongement de la durée de cotisation pour la retraite, coupes dans les crédits des organismes publics et des municipalités. L'allocation aux adultes handicapés qui devait augmenter en 5 ans le sera sur 6 ans. 
Il y aura d'autres mesures, déjà énoncées en filigrane : suppression de l’abattement fiscal de 10 % sur le montant des retraites, fiscalisation des tickets-restaurants et des services rendus par les Comités d’entreprise aux salariés, alignement des cotisations sociales des fonctionnaires sur celles du privé etc.
Les jours et les mois qui viennent ne s'annoncent pas roses pour les populations des pays du Nord.

LES MESURES QUE D'AUTRES FINANCIERS ET HOMMES POLITIQUES AURAIENT AIME ENTENDRE
Euro obligations
La première mesure, la plus largement partagée, concerne le droit d'émission d'euros obligations par les instances européennes. Selon le Nouvel observateur qui cite une enquête de Reuters, "sur 59 économistes, 41 estiment que les euro-obligations seraient une bonne solution de long terme pour résoudre la crise et 36 sur 60 s'attendent à ce que les dirigeants européens s'y résolvent. Une majorité d'entre eux prévoit que les premières émission auront lieu dès 2012 ou en 2013". "Le moment est décisif. Soit on prend la direction des euro-obligations, soit tout s'effondre et coule", commente Russel Silberston d'Investec Asset Management.
Pour comprendre le problème vécu par les pays d'Europe sur les taux d'intérêt voir le blog de Nicolas Quint : http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2010/12/spread.html
Dans la vidéo suivante Jean-Claude Juncker explique rapidement les euros obligations en juin 2011, rapidement puisque son idée à l'époque était rejetée par ses collègues de l'Europe
 
Mesures d'incitations à ne pas délocaliser
Le PS, par la voie de Martine Aubry a une proposition en demi-teinte : réduire la fiscalité des entreprises qui ne délocalisent pas et augmenter celles qui délocalisent. L'idée mérite d'être entendue. 
Création de banques publiques pour l'investissement
Henri Sterdyniak, économise français et l'un des co auteurs du manifeste des économistes atterrés propose : " La constitution d’un système bancaire public pour financer un certain nombre d’investissements utiles, dans les énergies renouvelables ou les innovations de transformation écologique dans notre industrie, est également indispensable".
Analyse et restructuration de la dette
Après tout, à quoi a servi cette dette dont on parle dans tous les pays ? Quelle est la partie toxique de cette dette ? Les populations doivent-elles tout payer pour des investissements inconnus ? Ou peu cautionnables comme les cadeaux faits aux banques pendant la crise des subprimes ? Les populations doivent-elles payer pour une dette résultant des taux variables qu'appliquent les banques aux pays en fonction de notation peu objectives des Etats ? 

CE QUE JE PENSE
1. L'Europe est mal née. A l'époque du référendum j'avais voté en faveur de l'adhésion au traité de Maastricht. Aujourd'hui, je m'en mords les doigts, même si j'avais hésité jusqu'à la dernière minute. D'un côté nous avons une Commission Européenne avec des pleins pouvoirs sur nombre de sujets d'ordre technique (dont l'aide au développement), de l'autre nous avons un Parlement quasiment sans pouvoirs et une banque centrale incapable d'apporter des services financiers aux Etats-membres. Sur les mécanismes économiques et financiers c'est le vide à part Merkel et Sarkozy qui s'agitent, sans légitimité européenne. De fait, il faut redorer au sein des populations, le blason de l'Europe, qui pour beaucoup n'a été que source d'ennuis. La commission européenne ne peut se cantonner dans son rôle de gendarme technique. Mais, ce qu'aurait dû comprendre Merkel et Sarkozy, c'est que le gouvernement économique ne se décrète pas.  Il doit être la résultante d'une adhésion des peuples et de leurs dirigeants... Comme toute la construction de l'Europe. Les institutions économiques européennes, à mettre en place impérativement vu la mondialisation des problèmes financiers, doivent être parfaitement définies en termes de pouvoir avec les élus des pays et être sous le contrôle régulier des populations et du Parlement. La copie de la construction européenne doit être revue de fond en comble. Mais peut-on faire confiance aux dirigeants actuels pour cela ? La mission des instances européennes n'est pas d'abord de "rassurer les marchés" (expression tellement employée ces jours-ci !) mais de construire une Europe sociale avec une croissance réfléchie et organisée qui profite aux populations. 
2. L'histoire de la règle d'or est une grande blague. La règle du respect de la limitation du déficit budgétaire étant déjà inscrite dans des textes constitutifs, largement snobés) je ne vois pas pourquoi la règle d'or serait respectée. De plus, le déficit budgétaire peut aussi être un instrument de politique économique à condition qu'il soit limité dans le temps et maîtrisé. Si le déficit budgétaire est la conséquence d'une absence de croissance ou le résultat de la spéculation financière, alors il y a problème. Mais les Etats, quels qu'ils soient ne peuvent maîtriser les effets de la spéculation financière. A moins qu'on ne coupe l'herbe sous les pieds de cette dernière par le remplacement du financement des Etats par des euro obligations et par l'obligation de prêter aux Etats à taux fixes.
3. Les euro obligations sont un passage obligé : que les Etats puissent s'endetter à taux fixe en cas de nécessité auprès d'institutions européennes ad hoc et non à taux variables auprès de banques privées qui font valser les taux d'intérêt en fonction des agences de notation ou de la rumeur. Comment gouverner un pays quand la dette augmente selon des paramètres externes absolument incontrôlables pour le pays en question ?
4. Les paradis fiscaux doivent être combattus. Ils jouent un  trop grand rôle dans l'opacité du système financier pour le grand bonheur des spéculateurs et des banques. Une première décision pourrait être prise : interdire aux banques européennes et à leurs filiales étrangères d'avoir des relations d'argent avec les paradis fiscaux.  
5. L'austérité (larvée, cachée ou annoncée) ne résoudra les problèmes des pays en aucune manière. Sauf à créer des exacerbations au sein des populations et générer des révoltes de plus ou moins grande ampleur. Le phénomène a déjà commencé. 
6. Le fait est qu'il faut retrouver la croissance. Les pouvoirs publics français tablaient sur une croissance de 2,25% pour 2012 en préparant le budget et n'ont pas encore changé leurs prévisions alors que de nombreux économistes n'escomptent qu'une croissance de 1,4%. Au delà des chiffres il faut se poser la question de la nature de la croissance et c'est bien là la question de fond. Peut-on continuer de vivre avec les délocalisations, les licenciements en masse, le racisme, l'indifférence aux pays du Sud (avec un non respect patent des engagements pris), le mépris des paysans, des fonctionnaires, le malaise des banlieues, les guerres que nous ne voulons pas mais qui sont motivées par des raisons très capitalistes, la pollution et la destruction de l'environnement, le mépris de la décentralisation, la publicité (dépensière et strictement inutile), ses coeurs de ville qui perdent tous leurs petits commerces, ces produits chinois qui nous envahissent, ces jeunes au chômage (en masse), ces écarts de salaires aberrants dans les entreprises, ces députés qu'on voit sur les marchés locaux juste deux mois avant les élections ?

Il est des propositions ineptes que je ne commenterai pas : les propositions de décroissance ou de sortie de certains pays de l'euro. Cela n'a pas de bon sens.

QUELLES CONSEQUENCES POUR LES PAYS DU SUD ?
Difficile de jouer le prophète mais j'en vois cinq si nous ne changeons pas de gouvernance :
1. Le malaise des jeunes issus de l'immigration va croître car ils seront, avec leurs familles,  les premières victimes des plans d'austérité ;
2. Les mesures contre l'immigration vont être renforcées très sérieusement (est-ce possible de faire pire ?) ;
3. La conséquence la plus immédiate sera une contraction des transferts d'argent des migrants vers leur pays d'origine ;  
4. L'aide aux pays sous-développés va se contracter comme une peau de chagrin (ce qui n'empêchera pas les effets de manche dans les réunions internationales, sans tenue des promesses) ;
5. Les associations de solidarité en France verront leurs subventions se réduire (pour autant qu'elles en ait eu de la part de la droite au pouvoir !)

CONCLUSION
Le temps n'est pas à l'optimisme et l'opinion publique française le sait, inquiète. Les requins de l'extrême droite attendent au coin du bois, tout sourire, histoire du loup et du chaperon rouge. On pourrait donc bien tomber de Charybde en Scylla : du pire au plus pire...
On ne voit pas, chez les dirigeants politiques actuels, une réponse crédible à la crise. Mais la sociale démocratie (Parti Socialiste français en tête), empêtrée dans des débats de personnalités candidates à la primaire, soucieuse de prendre des voix à droite, ne chante pas d'autres chansons que celles de la droite :"oui, il faut réduire le déficit budgétaire". Mais le débat sur une autre croissance ne semble pas l'exciter. 
Mitterand avait compris que seule une union de la gauche permettrait de gagner les élections. Les résultats de sa gouvernance ont été mitigés. Qu'importe ! Aujourd'hui il faut aller vers ce type d'alliances en ouvrant aussi très largement à la société civile, à ces mouvements qui se battent en France et en Europe pour plus de libertés, plus de justice sociale, plus d'équité.
L'enjeu n'est pas petit. La crise, née des spéculateurs financiers, des banques et de leurs alliés gouvernementaux, est grave, très grave. C'est sûrement l'heure de changer de paradygme, de braquet et d'innover. Les peuples grondent, comme dans les pays arabes. Les populations de ces derniers réclamaient plus de démocratie. En Europe, il faut plus de justice sociale, plus de respect des hommes et de la terre et finalement plus de démocratie pour avoir tout cela.
Je me suis lancé dans cette analyse alors que ce n'est pas ma tasse de thé habituelle. Mais, de retour en France pour quelques semaines, je reprends conscience de cette réalité qui est la mienne et sur laquelle j'ai toute légitimité pour parler (à la différence des pays du Sud). Je la sens à bout de souffle, sans marge de manoeuvre. Rassurer les marchés et les investisseurs comme tentent de le faire les politiques, n'est pas construire une société plus humaine, combat auquel j'essaie d'apporter ma petite pierre. L'austérité n'apportera que des troubles sociaux graves.
J'en appelle mes amis de France et d'Europe à travailler d'arrache pied pour une croissance, mais pas n'importe quelle croissance. Il faut changer de cap. Certains disent que le capitalisme a tiré ses dernières cartouches et creuse sa propre tombe. Et pourquoi pas ? Si cela peut créer plus de justice sociale en France, plus d'équité et de constructions créatrices de richesses  à l'échelle du monde alors je serai acteur de ce mouvement.    

A LIRE POUR CEUX QUI VEULENT CHANGER DE SYSTEME 
Les propositions les plus complètes face à la crise sont rassemblées dans le manifeste des économistes atterrés. J'invite ceux qui veulent en savoir plus sur ce sujet à se rendre sur le lien suivant :



  

3 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Merci pour l'analyse, ce cours, ce précis !
    Même l'inculte en économie (le néophyte en sait + que moi)perçoit bien l'échelle mondiale du marasme financier où les pays d'Europe comptent au nombre des dominos vacillants qui entraîneront l'écroulement inéluctable d'autres avec eux. Les US ne sont pas davantage dans le fluctuat nec mergitur...
    Bien plausible aussi cette idée d'une expérimentation grecque de plans de rigueur en cascade pour préparer les autres pays européens à "encaisser" leurs propres plans d'austérité imminents. A côté, je doute fort qu'argumenter "solidarité des peuples" pour légitimer la prise en charge par les citoyens du surendettement des états ne mobilise plus que le mouvement des indignés de "Réelle Démocratie Maintenant". Je ne crois pas que les récentes prises de conscience des citoyens, ni la mise en mouvement de peuples entiers ne laissent encore du champ aux tentatives d'asservissement économique et financier sans que ne grondent et s’amplifient toutes ces voix de résistance; je crains seulement que les "indignés" deviennent "indociles" jusqu'à la violence...mais là aussi, ce ne serait qu'une conséquence logique de la gouvernance mondiale en vigueur. Je déplore avec vous que l'effet domino déjà en marche affecte aussi l'aide humanitaire et les financements de programmes pour l'Afrique et les autres peuples encore plus démunis qu'ici. Le "nouvel ordre mondial" prôné et relayé par les dirigeants modernes (cf discours d'investiture présidentielle) est une chimère proche de la furie qui lacère et tue laissant exsangue des peuples et des cultures multi-millénaires comme les grecs. Pas sûr de la pertinence ni de la pérennité de nouveaux paradigmes inventés dans l'urgence et sous la pression du désespoir. Pas certain qu'apparaissent à temps d'assez puissants égrégores sortis de la concertation humaniste des hommes et des femmes pour redonner un espoir durable aux peuples d'aujourd'hui. L'augmentation de la TVA peut bien redorer les caisses de nos états, cette bonne nouvelle réjouirait combien de somaliens qui n'auront disparu de cette terre demain matin...?

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  3. Avec la crise climatique devant nous, le peak oil passé en 2006, les métaux qui commencent à se raréfier, il faudra bien penser "décroissance" si l'on veut que tout le monde vive.

    Vivre avec moins de biens, mais vivre avec plus de liens.

    Chantal.

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