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Ce blog n'est pas un livre construit mais un ensemble de touches d'émotions ou de réflexions nées de quelques années de parcours professionnel et amical dans trois pays du Sud essentiellement : Haïti, Congo RDC et le Sénégal. Vos commentaires sont bienvenus autour de ces textes sans prétention. Juste un partage pour aussi faire découvrir de belles histoires au Sud et des moins drôles. Et n'oubliez pas de cliquer sur "plus d'infos" pour voir la suite de chaque billet !

samedi 14 juillet 2012

Bisphénol A : et si le monde perdait ses mâles ?

Dans un travail d'investigation, en veille sur ce qui menace la personne humaine et la planète, il peut arriver qu'on tire un fil et toute une pelote se déroule. Pas une pelote de fils d'or. Des fils d'araignées qui nous enserrent dans une toile de mort. Je pèse mes mots. Je continue, toujours aidé par le livre de Marie Monique Robin "notre poison quotidien", et des recherches sur Internet. Après les pesticides (voir billet précédent) c'est un perturbateur endocrinien, le "Bisphénol A" (BPA) qui est un  produit gravement préoccupant car on le trouve dans beaucoup d'objets de la vie courante et il est TRES DANGEREUX pour la santé. J'écris d'abord pour mes amis du Sud qui n'ont pas toujours accès aux informations des lanceurs d'alerte, en particulier le RESEAU ENVIRONNEMENT SANTE (France) qui fait un travail remarquable (1). Mais, en Europe et en France, nous sommes aussi très menacés car les agences sanitaires ne font pas leur travail. Mots encore pesés qui vont être démontrés dans la suite de l'article.


LE "BISPHENOL A" CONTAMINE LES ALIMENTS
On a longtemps cru que les plastiques sont des matières inertes. Faux : ils vivent et certains de leurs composants comme le "bisphénol A" se mélangent à la nourriture lorsqu'ils contiennent des denrées alimentaires. Mais écoutons ces chercheurs qui racontent comment ils ont découvert que le plastique lâchait des molécules, en particulier de BPA.



OU TROUVE-T-ON LE BISPHENOL A ?

Cette vidéo que vous pourrez voir en cliquant sur "visionner sur Youtube" donne une partie de la réponse. En fin de vidéo, sélectionnez aussi la vidéo "Les effets néfastes du bisphénol A et des phtalates sur la santé humaine" en bas de la troisième colonne. Ces témoignages sont inquiétants.


Le "Bisphenol A" est utilisé dans les boîtes de conserve, dans les plastiques durs, dans certaines canettes, dans les reçus de caisse, dans les résines epoxy, dans le petit électro ménager, dans les tickets de cartes de crédit en papier thermique, dans certains ciments dentaires, dans certaines bouteilles en plastique, dans les tétines et les biberonscette dernière utilisation ayant été interdite pour des raisons sanitaires au Canada en mars 2010 et le 23 juin 2011 en France. Bref, on le retrouve dans tous les actes de notre vie. La production annuelle de "Bisphénol A" est estimée à 3 millions de tonnes.
Il a été démontré que s'il est chauffé (comme dans le papier thermique) le "bisphénol A" se diffuse. Si des plastiques alimentaires sont nettoyés avec de puissants détergents, le "Bisphénol A" est libéré. Quand on met une boîte plastique dans le four micro-ondes, alors, du fait du chauffage, le "Bisphénol A" se diffuse dans les aliments.

QUELS PROBLEMES SANITAIRES POSE LE "BISPHENOL A" ?

Le BPA est ce qu'on appelle un PERTURBATEUR ENDOCRINIEN qui s'attaque aux organes sexuels de l'homme et de la femme. Il est considéré comme largement responsable des cancers du sein ou de la prostate qui se développent à grande vitesse dans les pays occidentaux mais les pays du Sud ne sont pas épargnés. Regardez cette vidéo sur les effets du BPA :

En bref, et selon Wikipedia (1) « des études ont montré (sans que d'éventuels liens de causalité directe soient déjà identifiés et compris) qu'un taux urinaire élevé de ce produit, (le PBA) était corrélé avec un risque plus élevé de diabète (sur ce point, cela reste discuté), de maladies cardiovasculaires,  d'anomalies du bilan hépatique, de moindre efficacité de chimiothérapies chez les patients cancéreux». Grave, non ?
Le plus grave est que ce perturbateur endocrinien modifie l'appareil sexuel des humains et des animaux : l'apparition des seins se fait de plus en plus tôt chez les petites filles. Les garçons peuvent naître avec des sexes atrophiés ou fonctionnant mal. La fertilité du sperme diminue.
Concernant l'augmentation du diabète dans le monde, trois études récentes (2) montrent le rôle indubitable du BPA dans l'expansion considérable de cette maladie dans le monde (30 millions de malades dans le monde en 1995, 220 millions en 2012 selon la Fédération Internationale du Diabète. Une des étude publiée également en février 2012 et menée en Chine auprès de 3390 adultes âgés de 40 ans ou plus trouve une association significative entre imprégnation au Bisphénol A et obésité.
Des scientifiques sérieux affirment que le BPA peut se retrouver dans les cellules de quatre générations.

ET DANS LES PAYS DU SUD ?

Maintenant, imaginez la situation en Afrique ou en Haïti où le "tout plastique made in China" règne en maître dans toutes les cuisines, sur toutes les tables ? Ces objets en plastique disent-ils ce dont ils sont faits ?

Vente de vaisselle plastique chinoise sur un marché africain
Que dire encore de ces boîtes de conserve de sauce tomate utilisées plusieurs fois par jour, laissées ouvertes sous la chaleur et gardant leur contenu tant que tout n'est pas consommé ? Il y a quelques décennies, une campagne de mobilisation intitulée "Nestlé tue les bébés" fut lancée car la multinationale faisait la promotion du lait en poudre (mélangé forcément à une eau pas nécessairement propre). Les promoteurs de cette campagne avaient doublement raison : non seulement l'eau était tueuse mais aussi les biberons et les tétines qui contiennent depuis longtemps du Bisphénol A. Qui s'en soucient au niveau des ministères de la santé des pays du Sud ? En octobre 2011 et à propos du "Bisphénol A", le site Senegalactu intitulait un article "le silence coupable des leaders africains" rappelant tout ce qui se disait dans les pays occidentaux à propos de ce poison. Le site concluait ainsi son article: "Nous ne disposons d'aucun chiffre pour les pays africains. Heureusement que la plupart des mères du continent ont recours à l'allaitement maternel" (3). Senegalactu oublie que le BPA ne se trouve pas seulement dans les biberons et les tétines !

SOMMES-NOUS PROTÉGÉS PAR LES AGENCES SANITAIRES ?

La réponse est tout à fait négative. Les décisions sont parcellaires tandis que les normes n'ont aucune fiabilité, ce que nous démontrerons.

Les décisions
1. Le Canada a interdit les biberons contenant du BPA en mars 2010
2. Les pays de l’UE ont décidé d’interdire la fabrication de ces biberons dès mai 2011.
3. En juin 2010, la France interdit les biberons contenant du BPA
4. L'interdiction du bisphénol A dans les contenants alimentaires. Elle sera effective à partir de 2014 pour les contenants alimentaires (afin de permettre aux industriels de trouver des composants alternatifs), mais dès 2013 pour les contenants alimentaires de produits destinés aux enfants de moins de trois ans. 
Le produit est également interdit dans les biberons en Australie, dans certains états des Etats-Unis et au Danemark. Ce dernier pays a d’ailleurs élargi cette interdiction à tous les produits utilisés pour l'alimentation des enfants de 0 à 3 ans. 

Ces décisions sont surprenantes, voire risibles, si les risques sanitaires n'étaient pas si grands ! Si les industriels sont capables de trouver des substituts pour la vaisselle des enfants de 0 à 3 ans, ils peuvent bien en trouver pour la vaisselle des grands en 2013 également ! Mais quelle famille fait la différence en matière de vaisselle en fonction de l'âge ? L'enfant aura certes une assiette et un gobelet en plastique mais les autres récipients seront communs ! On note que rien n'est décidé pour les autres objets de notre vie courante qui contiennent du BPA.


Pourquoi tant d'hésitations dans les instances sanitaires pour interdire ce poison ?
La principale raison est sans doute le comportement des firmes multinationales (voir ci-dessous) et la collusion qui existent entre elles et les instances sanitaires : ceux qui siègent sont ceux qui travaillent pour des industries, directement ou sur mandats.
Mais il y a d'autres raisons , et je vais essayer de le dire simplement.
1. Il y a beaucoup de méconnaissance scientifique sur le mode de fonctionnement des perturbateurs endocriniens qui agissent différemment d'autres molécules chimiques. Il est couramment admis chez les biologistes que "la dose fait le poison". Or les perturbateurs endocriniens ne fonctionnent pas de la même manière : une petite dose qui arrive à un moment clef de la formation du foetus peut faire plus de dégâts qu'une forte dose qui arriverait à un autre moment.
2. Donc la norme habituellement utilisée par les instances sanitaires, la DJA (dose journalière admissible) n'a strictement pas de sens dans le cas des perturbateurs endocriniens. Expliquons la DJA : les autorités sanitaires fixent une norme d'un produit dangereux qu'on peut soi-disant absorber sans danger. Pour le BPA la norme est de de 5 milligrammes/kg de poids corporel/jour. On comprend que cette norme varie selon le poids des personnes. Des personnes exposées dans une même maison et d'un poids différents (les enfants) pourront moins supporter le BPA que d'autres.
3. La question est de savoir comment et sur quelle base a été fixée cette norme. Marie-Monique Robin relate dans  "Notre poison quotidien" qu'elle a interrogé de nombreux scientifiques et qu'on ne parle que de deux études peu fiables d'une dénommée Rochelle Tyl qui a travaillé sur financement des firmes chimiques.
4. Dans tous les cas, cette DJA n'a aucun sens pour deux raisons :
         a) ce n'est pas uniquement la dose qui compte mais aussi le moment de l'absorption (en tout cas pour le devenir des foetus) ;
      b) cette DJA par produit ne tient pas compte des effets cumulatifs de plusieurs produits toxiques qu'on rencontre dans nos vies. Les scientifiques appellent cela les effets cocktail ! Le nom  est bien trouvé non ? Cocktail explosif et destructeur.

Pendant ce temps, les industriels continuent par de sévères campagnes  de désinformation à faire la promotion de leur poison. A titre d'exemple on peut consulter le site "http://www.bisphenol-a-europe.org/fr_FR/faqs-5" qui annonce la couleur sur sa page d'accueil :""L’absorption de BPA par le biais d’aliments ne présente pas de risque pour les consommateurs" Autorités sanitaires suisses, juin 2011". En tout petit caractères, tout en bas de la page d'accueil, on apprend que le site est édité par PlasticsEurope's PC/BPA-group. La partie "foire aux questions" est éloquente quant à la perversité morale du rédacteur !

La Suisse n'a effectivement pas pris position comme le montre ce reportage de la télévision suisse. L'argument massue développé est qu'il y a des études contradictoires et que la fameuse dose journalière acceptable protège. Dans l'un et l'autre cas le positionnement suisse interpelle puisque nous savons que les grandes entreprises concernées mettent en marché de nombreuses études "pseudo-scientifiques" produites par des professionnels de la santé ou de la biologie qu'elles rémunèrent. Et les entreprises de la chimie qui produisent les plastiques ne manquent pas en Suisse (BASF, NOVARTIS, ROCHE, SYNGENTA, etc.) représentant des chiffres d'affaires importants : comme en d'autres pays, y aurait-il des liens de cause à effet entre les positions des autorités sanitaires et l'influence des entreprises de la chimie dans l'économie nationale ?



LES ARMES DES MULTINATIONALES POUR SOUTENIR L'INDEFENDABLE

Pour toutes leurs productions critiquées du fait d'un risque sanitaire, les multinationales, généralement en concurrence économique, utilisent plusieurs méthodes :
1. Elles savent se regrouper pour défendre leurs produits identiques et embaucher ensemble des "scientifiques", créer des sites Internet commun, par exemple.
2. Elles se constituent "une cour" de médecins, biologistes etc... à leur solde contre rémunérations et avantages attrayants ;
3. Elles financent en très grande quantité des études qui vont forcément dans le sens de leurs intérêts; de ce fait elles inondent le marché d'études entretenant savamment l'idée que "le doute subsiste" sur la nocivité des produits ; ce phénomène est suffisamment grave pour que de grandes revues scientifiques comme "The Lancet" ont décidé de demander à ceux qui ont des liens avec les multinationales de les déclarer : sur l'honneur ?
4. Elles lancent des campagnes de dénigrement très offensives contre les scientifiques qui ne se laissent pas acheter et surtout contre ceux qui publient des études défavorables à leurs produits. 
5. Elles s'assurent que leurs poulains "scientifiques" fassent partie des comités décideurs des autorités sanitaires nationales.

COMMENT SE PROTEGER ?
Les conseils mentionnés ci-dessous sont importants. ils ne peuvent éviter tous les problèmes puisque les dégâts sont déjà faits depuis des décennies. Mais il est important de ne pas tomber dans la fatalité : "oh, il faut bien mourir de quelque chose !". Quand bien même vous auriez cette idée dans la tête, ne perdez pas de vue que le BPA laisse des dégâts dans les cellules humaines de quatre générations ! Laissez vivre vos descendants !
1. Regardez les étiquetages des plastiques. Si vous voyez les chiffres ci-dessous, passez votre chemin. Tous les produits portant l'un de ces logos sont susceptibles de contenir du "Bisphénol A".
Les plastiques à éviter portent l'une de ces mentions
2. Ne pas réchauffer des produits au micro ondes contenus dans des barquettes plastiques :
3. Ne pas consommer trop d'aliments en boîte de conserve et surtout ne pas laisser de la nourriture dans une boîte de conserve ouverte ;
4. Évitez de chauffer des aliments dans des contenants en plastique ;
5. Pour bébé, prenez des biberons en verre (surtout si vous êtes dans les pays du Sud car il est probable que les multinationales vous refileront leurs vieux stocks !
6. Stockez vos restes de nourriture dans des récipients en terre, en céramique ou en verre mais pas dans des boîtes en plastique ;
7. N'achetez que les aliments contenu dans des plastiques identifiés N°1 PolyEthylène Téréphthalate ou PETE, N°2 Polyéthylène de haute densité ou HDPE, N°4 Polyéthylène de basse densité ou LDPE, N°5 Polypropylène ou PP. Si rien n'est marqué, alors n'achetez pas !
8. Evitez de manipuler vos tickets de caisse et de cartes de crédit. Prenez soin de bien vous laver les mains après les avoir touchés.


CONCLUSION
Si, après avoir lu ce billet vous n'êtes pas convaincus qu'il y a un risque sanitaire très grave issu de ce "Bisphénol A", lisez le livre de Marie-Monique Robin. Vous y apprendrez toute l'histoire du produit et de ses dégâts. Vous aurez toutes les références scientifiques possibles. Soyez prudents : les malformations et les cancers produits par le "Bisphénol A" sont graves, ne se détectent pas tout de suite et peuvent toucher plusieurs générations. La gravité de la situation découle de l'absence de déontologie des grandes multinationales (en dépit de toutes leurs déclarations sur le développement durable), de la collusion entre les entreprises privées et de nombreuses instances sanitaires, de l'absence d'instances sanitaires dans les pays du Sud, de l'inadaptation des normes sanitaires dans les pays occidentaux. L'avenir de l'être humain pourrait être en danger.



NOTES
POUR EN SAVOIR  PLUS :
Dossier très complet
http://www.sante-environnement.be/spip.php?mot136
Revue de presse
http://www.lesmotsontunsens.com/bisphenol
Diabète et Bisphénol A

3 commentaires:

  1. Hello Bernard,

    Je vois que tu as bien approfondi le sujet du BPA. Comme beaucoup de produits chimiques, nous n'en sommes qu'aux premières découvertes et REACH est récent
    http://ec.europa.eu/enterprise/sectors/chemicals/reach/index_fr.htm
    En plus, étant donné que ce sont les entreprises qui doivent évaluer leurs produits, on peut se permettre de rester sceptique...
    http://www.mdrgf.org/73.chim.html

    Ce sont les filles qui sont le plus fragilisées par le BPA
    http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/10/24/l-exposition-in-utero-au-bisphenol-a-fragiliserait-davantage-les-filles_1592754_3244.html
    et 2 enseignes auraient retiré le bisphénol A de leurs tickets, Carrefour et Super U (il fallait bien que Carrefour redore son nom, alors que le groupe a perdu nombre de procès, pour avoir payé ses employés en dessous du SMIG).
    Il reste encore beaucoup de progrès à faire, à croire qu'enseignes et multinationales ne se sentent pas très concernées. Priorité première : faire du chiffre !

    Comme je l'avais écrit sur un autre de tes billet, il est facile d'exporter le problème et les maladies qu'il engendre.
    La Commission Européenne ne fait pas convenablement son travail, il devrait y avoir une meilleure surveillance. Même les européens s'en foutent un peu, ils ne veulent pas que leurs habitudes soient perturbées. En gros, "après moi le déluge" comme je l'entends souvent dire.

    Ne nous mettons pas la tête dans le sable et continuons à nous mobiliser, comme tu le fais si bien.

    Cordialement,
    Chantal.

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  2. Inquiète, oui, depuis ce matin je suis inquiète, car je me suis réveillée avec un drôle d'idée en tête.

    Cette nouvelle mode des polaires qui envahit les magasins à bas prix (2 achetés le 3ème gratuit), n'est-elle pas une "matière" issue du recyclage des bouteilles en plastique ? Et, les polaires plus
    chères.. ?
    Serions-nous tous porteurs d'un "poisson quotidien" à grande échelle ?
    Le bisphénol A en a t-il été retiré ? Cela m'étonnerait, en tout cas pas pour les "2 achetés le 3ème gratuit."

    Toujours est-il que l'on ne voit pas les nantis porter de la polaire. Ils ont droit à la laine, matière naturelle et bien plus chaude.

    Chantal.

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  3. Et des phtalates jusque dans les poignées de valise
    http://www.leparisien.fr/environnement/les-valises-peuvent-etre-toxiques-31-08-2012-2144523.php?xtor=EREC-109----480195@1

    Décidément, on va finir dans une bulle......de savon si possible, à cause des bactéries.
    Les chimistes auront vu gonfler leur chiffre d'affaire, en se servant de nous comme cobayes. Il serait peut-être temps de passer à la caisse....pour rembourser les valises, au moins.

    Après, on nous rechantera la chanson du "trou de la Sécurité Sociale" qu'il faut reboucher !

    Chantal

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