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Ce blog n'est pas un livre construit mais un ensemble de touches d'émotions ou de réflexions nées de quelques années de parcours professionnel et amical dans trois pays du Sud essentiellement : Haïti, Congo RDC et le Sénégal. Vos commentaires sont bienvenus autour de ces textes sans prétention. Juste un partage pour aussi faire découvrir de belles histoires au Sud et des moins drôles. Et n'oubliez pas de cliquer sur "plus d'infos" pour voir la suite de chaque billet !

vendredi 1 juillet 2011

2011 : ANNEE INTERNATIONALE DE LA FORÊT ?

Il paraît que 2011 est l’année internationale de la forêt. Heureusement que je vais un peu sur Internet pour découvrir l'information car dans le quotidien on en parle peu. C’est pourtant un sujet si important. Mais on n’en tient pas assez compte dans les politiques de développement nationales. Moi-même , dans mon travail de développement, je n’accordais pas une grande attention à ce sujet. Mea culpa ! On peut être écolo dans sa tête et oublier l’importance capitale des forêts dans son métier. Je ne suis pas le seul : les ONG, les Etats, la communauté internationale ne font pas grand bruit en la matière. Certes le sujet devient sensible quand le capitalisme commence à jouer « massacre à la tronçonneuse »  en Amazonie ou en Afrique centrale. Mais il y a plusieurs types de forêts : les grandes, immenses, primaires ou non mais aussi tous ces boisements disséminés dans le monde, à proximité des populations, vitaux pour elles.


Harmonie dans cette forêt de rôniers au Sénégal où les paysans
 ont appris depuis longtemps à respecter la forêt
Etat des lieux
La FAO a sorti un rapport intéressant qu’on peut télécharger à l’adresse mentionnée en haut de l’article. Les données du rapport ont été aussi reprises dans le journal du CNRS de juin 2011 qu’on peut télécharger à l’adresse suivante : http://www.scribd.com/doc/57624162/cnrs-le-journal-N%C2%B0257-juin-2011-Foret-l-urgence. L’édition de 2011 du rapport de la FAO adopte «une approche globaliste des multiples façons dont les forêts étayent les moyens d’existence des populations, sous le thème «Changer les voies, changer les vies: les forêts, des voies multiples vers le développement durable». Le dernier chapitre du rapport « met en lumière l’importance des forêts pour les moyens d’existence locaux, en examinant les connaissances traditionnelles, la gestion forestière à assise communautaire, les petites et moyennes entreprises forestières et la valeur non monétaire des forêts. Historiquement, ces approches ont joué un rôle essentiel dans le développement local alors que nous appréhendons encore si mal leur intérêt ».(Je ne suis pas le seul à reconnaître ma faute !!!). « Il convient d’approfondir l’analyse pendant l’Année internationale des forêts afin de donner un plus grand poids à l’interaction entre les populations et les forêts ainsi qu’aux avantages qui peuvent être générés quand les forêts sont gérées par les populations locales d’une manière durable et novatrice ».

Que dit le rapport ?
Les forêts du monde couvrent un peu plus de 4 milliards d’hectares, ce qui représente 31 pour cent de la superficie totale des terres, soit une moyenne de 0,6 hectare par habitant. Les cinq pays les mieux dotés en forêts (Fédération de Russie, Brésil, Canada, États-Unis d’Amérique et Chine) comptent pour plus de la moitié de la superficie forestière mondiale. Dix pays ou zones sont totalement dépourvus de forêts et dans 54 autres, les forêts ne couvrent que 10 pour cent de la superficie totale des terres.
La FAO nous apprend encore que le taux de déforestation et de perte de forêts dues à des causes naturelles accuse un ralentissement, même s’il reste encore alarmant. Au niveau mondial, le taux est passé de 16 millions d’hectares par an dans les années 90 à environ 13 millions d’hectares par an au cours de la décennie écoulée. En même temps, le boisement et l’expansion naturelle des forêts dans certains pays et zones ont considérablement réduit la perte nette de superficie forestière au niveau mondial. La variation nette de superficie forestière entre 2000 et 2010 est estimée à -5,2 millions d’hectares par an (ce qui correspond à peu près à la taille du Costa Rica), alors qu’elle se situait à -8,3 millions d’hectares par an de 1990 à 2000. Toutefois, la perte de forêts s’est surtout produite dans les pays et zones des régions tropicales, tandis que les gains ont été enregistrés en majorité dans les zones tempérées et boréales ainsi que dans certains pays émergents.
J’ai relevé que l’Amérique Latine et les Caraïbes que l’Amérique latine et les Caraïbes ont affiché la perte forestière nette la plus importante au cours de la dernière décennie. Les superficies forestières ont reculé en Amérique centrale et du Sud au cours des deux dernières décennies, la cause principale de la déforestation étant la conversion des forêts en terres agricoles.
En Afrique, la perte forestière nette a eu globalement tendance à ralentir entre 1990 et 2010. La superficie de forêt plantée a augmenté en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest et du Nord. Le rapport donne même un  tableau par région d’Afrique qui est intéressant.
On apprend encore qu’au Gabon la forêt primaire fout le camp à grande vitesse.

J’en reste là avec les chiffres car ils vous fatiguent peut-être ! Alors pour se détendre, allez faire ce petit quizz sur :http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/02/02/quiz-les-forets-a-l%E2%80%99honneur-cette-annee/
Juste 10 questions à répondre. Je vous préviens : ce n’est pas si facile ! J’ai eu 4 sur 10 en bonnes réponses (Je vous avais bien dit que je n’étais pas un spécialiste !!!)

Revenons sur le rapport et son dernier chapitre. Il est intéressant d’y voir une reconnaissance très officielle des connaissances traditionnelles développement définies comme suit :
« Les connaissances traditionnelles désignent les connaissances, les innovations et les pratiques des communautés autochtones agricoles du monde entier. Issues de l’expérience acquise au fil des siècles et adaptée à la culture et l’environnement locaux, les connaissances traditionnelles sont transmises oralement de génération en génération. Elles tendent à être un patrimoine collectif et prennent la forme de récits, chants, folklore, proverbes, valeurs culturelles, croyances, rituels, lois communautaires, langues vernaculaires et pratiques agricoles, y compris le développement d’espèces végétales et de races animales. Les connaissances traditionnelles sont essentiellement de nature pratique, en particulier dans des domaines tels que l’agriculture, la pêche, la santé, l’horticulture et la foresterie.» Source: (Portail d’information sur les connaissances traditionnelles de la Convention sur la diversité biologique (www.cbd.int/tk))
Cette reconnaissance fait du bien ! Il a fallu des années pour obtenir cela !
La forêt mérite une très très grande attention dans les politiques et programmes de développement pour les raisons suivantes : 
  • 1.    Elles contribuent grandement à la régulation climatique ;
  • 2.    Elles jouent un rôle fondamental contre l’érosion des sols ;
  • 3.    Elles sont un véritable grenier de nourriture favorisant la sécurité alimentaire des populations ;
  • 4.    Les forêts sont le lieu où se vivent les cultures de bien des peuples du Sud ;
  • 5.    Les forêts sont créatrices d’emplois
  • 6.    Elles sont aussi la caisse à pharmacie des populations

On évoque le plus souvent les deux premières raisons pour s'occuper des forêts. Nous estimons que les 4 autres raisons évoquées sont au moins aussi importantes.

Forêt et régulation climatique

Selon le journal du CNRS, les forêts sont un véritable capteur géant de CO2. La quantité totale du carbone emprisonnée dans la biomasse des forêts équivaut à 500 milliards de tonnes de carbone soit deux tiers de celle actuellement présente dans l’atmosphère. « Les forêts, qui composent environ 80% de la biomasse terrestre, constituent donc autant de puits de carbone et contribuent à limiter le réchauffement climatique ».

La forêt pour lutter contre l’érosion des sols

Mornes déboisés près de Cavaillon 

Haïti est un « bel » exemple : les forêts ont été largement détruites sur les mornes. Les forêts ne représentent plus que 2% du territoire. De ce fait, les terres descendent dans les vallées et dans les rivières. Les embouchures sont encombrées par les alluvions qui filent vers la mer au grand dam des pêcheurs puisque les poissons n’aiment pas la boue.

La forêt, grenier de nourriture

Leptadenia Hastata : cette liane accompagne le couscous de mil
mais est aussi un puissant antibiotique
La sécurité alimentaire des populations du Sud passe par la forêt, depuis les temps les plus reculés où les gens vivaient de la chasse et de la pêche. Au Sénégal, le baobab mais aussi le moringa, le Leptadenia hastata, les noix du rônier et bien d’autres plantes sont des compléments alimentaires qui ont souvent sauvé les populations. Parfois, ils en sont la seule nourriture en période de famine.
Même les bêtes profitent de la forêt : par exemple, au Sénégal, les vaches attendent le mois de mars pour déguster les fruits du kad (acacia albida), très utiles quand le fourrage vient à manquer et bien meilleurs que les graînes de coton qui abiment les dents des bovins.

La forêt : créatrice d’emplois

Selon le journal du CNRS, 1,6 milliard de personnes dans le monde dépendent directement des ressources forestières : bûcherons, scieurs de long, collecteurs de plantes médicinales etc.
Une charbonnière en Haïti : pas trop de sourires. Vie dure.
Dans bien des pays, il y a aussi tous ces hommes et ces femmes qui fabriquent souvent en grande quantité du charbon de bois. Bien des écologistes crient au scandale. Ils ont raison mais tant que les gouvernements ne mettront pas à disposition des populations des instruments de cuisson bon marché, voire subventionnés (réchaud à gaz, à kérosène, réchauds solaires), il y aura toujours un immense marché pour le charbon de bois. Par ailleurs, si des sources de revenus alternatives et équivalentes ne sont pas données aux producteurs de charbon de bois, ils continueront leur travail destructeur.
Les braconniers tirent aussi leurs revenus de la forêt ! Dans des parcs protégés créés de plus en plus dans tous les pays du monde, des gardes forestiers les pourchassent. David contre Goliath ! Mais les politiques des services des eaux et forêts commencent à changer. Plutôt que de jouer la répression, ils cherchent à former les populations environnantes au respect de la forêt mais aussi à de nouvelles pratiques culturales et génératrices de revenus. Si les populations avoisinantes vivent mieux, elles auront moins tendance à détruire la forêt ou y braconner.

La forêt, cœur de culture

Pour bien des peuples, les rites initiatiques des jeunes garçons se passent dans la forêt. A Djilor, nous étions intéressés par l’achat d’une île couverte d’arbres pour créer un centre de formation touristique. Jo un ami, me dit : « jamais les villageois ne lâcheront cette terre. C’est le lieu où se déroulent les cérémonies d’appel à la pluie avant l’hivernage ! ». En Haïti, bien des moments historiques se sont déroulés dans les bois sacrés.

La forêt, caisse à pharmacie des populations

Savons nous que l'eau de coco pourrait remplacer avantageusement
les sérums dans les perfusions ?
Que ce soit dans les Andes, en Inde, en Haïti ou au Sénégal, la majorité des populations ne se soignent pas avec les médicaments modernes (ils n’ont pas les moyens de les acheter !) mais avec les plantes de la forêt. Et ces plantes ont une efficacité redoutable que j’ai pu expérimenter au Sénégal quand j’avais de petits bobos ! Mais les plantes, j’en suis convaincu maintenant, sont tout à fait capables de soigner des maladies graves, y compris des maladies auxquelles la médecine moderne n’apporte pas de solutions satisfaisantes.
Dans tous les pays du Sud les tradipraticiens disposent souvent d’un savoir phénoménal en matière de traitements par les plantes, comparables à nos herboristes d’antan, aujourd’hui si maltraités par les lois européennes.

Conclusion

La forêt doit devenir une priorité absolue dans les politiques et programmes de développement, pas seulement sur les grandes zones tropicales (Amazonie, Afrique centrale) mais en tous points où vivent des populations dans les pays du Sud. Cela suppose des pépinières en grand nombre avec des espèces choisies judicieusement (notamment celles qui poussent rapidement et qui sont directement utiles à l’homme), des systèmes de financement encourageant la plantation de forêts et des stratégies de formation et d’embauche de cadres forestiers. En outre il est indispensable d’associer les communautés rurales à la valorisation des forêts.

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