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Ce blog n'est pas un livre construit mais un ensemble de touches d'émotions ou de réflexions nées de quelques années de parcours professionnel et amical dans trois pays du Sud essentiellement : Haïti, Congo RDC et le Sénégal. Vos commentaires sont bienvenus autour de ces textes sans prétention. Juste un partage pour aussi faire découvrir de belles histoires au Sud et des moins drôles. Et n'oubliez pas de cliquer sur "plus d'infos" pour voir la suite de chaque billet !

jeudi 11 août 2011

DIEU N'EST PAS UN PAYSAN. LIVRE DE MAMADOU CISSOKHO

ISBN : 978-2-7087-0797-9
Mamadou Cissokho, leader charismatique du mouvement paysan ouest africain, a donc écrit après plus de trente ans d'engagement au service de la cause paysanne. Un tout grand homme. Je dois avouer que c'est lui qui m'a formé et m'a fait découvrir le Sénégal et le monde rural depuis 1994. Mamadou savait que j'avais été directeur des Banques Populaires du Rwanda. Il me fait venir pour mon expérience en finances. Mais me précise le mandat : "Tu ne connais pas le Sénégal donc tu vas faire le tour des groupements dans le pays pour connaître leurs activités en matière de cotisations et de prêts. Ensuite tu vas te rappeler qu'au Rwanda, tu installais des coffres-forts à la campagne. Mais nous avons 13 000 villages et nous n'avons pas les moyens de nous payer 13 000 coffre-forts. Alors trouve autre chose". Avec des amis sénégalais, j'ai trouvé cette autre manière de financer qui s'appelle les mutuelles de solidarité. L'idée a été reprise un peu partout dans le monde, notamment en Haïti, grâce à l'action du KNFP et de ses membres.


Plus tard Cissokho et moi avons parlé dans mon jardin à Meaux. Il me dit deux phrases mémorables : "Bernard, toi et moi, nous nous battons depuis 30 ans pour le développement. Et la pauvreté augmente : où est le bug ?" Et puis : "Il ne faut pas seulement sensibiliser et former les ruraux. Ce qu'il faut, c'est aider les paysans à transformer et commercialiser leurs produits". Alors croyant avoir l'appui de la SIDI et des organisations locales de Mbour, je me suis lancé dans cette aventure qui n'a pas marché. Mon erreur ? Ne pas avoir suffisamment associé Cissokho à la démarche. 
Ensemble nous sommes allés en Haïti pour parler aux paysans mais aussi aux gens qui préparait le DSRP ( Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté). Mamadou a eu droit à une standing ovation ! Depuis, je le vois moins et le regrette. Mais nous retrouverons. Fortement.
Le charisme de Mamadou, on le sent dans cette vidéo amateur tournée alors que nous faisions ensemble une formation des jeunes sur l'exploitation familiale au sein de l'UGPM de Meckhe (une belle organisation paysanne!). Mamadou trouve l'occasion de me "ramasser" gentiment ! Je ne peux que l'écouter.

LE LIVRE DE MAMADOU
Il a longuement préparé ce livre avec son ami Bernard Lecomte, un vrai homme de développement ! En 1974, Mamadou Cissokho a laissé sa craie de jeune instituteur pour devenir paysan au sein d'une exploitation familiale qu'il créa à l'Est du Sénégal. Depuis lors il est la cheville ouvrière du mouvement paysan sénégalais. Il a créé les Ententes, puis la FONGS (Fédération des ONG du Sénégal - mais en fait une fédération d'organisations paysannes), puis le CNCR (Conseil National de Coopération et de Concertation des Ruraux), puis le ROPPA (Réseau des Organisations paysannes et des Producteurs de l'Afrique de l'Ouest) qui couvre toute l'Afrique de l'Ouest.
Le livre est préfacé par Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal et aujourd'hui Secrétaire Général de la Francophonie. Abdou Diouf écrit : "Dieu n'est pas un paysan, certes, mais, aujourd'hui, il a peut-être fait prendre conscience à nos paysans d'Afrique de la chance qui s'offre à eux. Le ROPPA, avec le soutien de sa base doit persévérer. L'effort des paysans finira par payer. La crise mondiale a déclenché leur retour au centre de l'économie. A ce titre, ce témoignage vibrant, engagé, est particulièrement précieux. Il traduit une expérience originale, d'une actualité cruciale, où s'allient la foi dans les hommes et le réalisme de nouveaux entrepreneurs paysans qui nous interpellent".
Le premier chapitre du livre démarre fort. Mamadou raconte la rencontre du 13 février 1997 au Palais de la présidence... avec Abdou Diouf. Rencontre historique, rupture, dira-t-il. Occasion pour le mouvement paysan de passer des messages forts, notamment celui-ci :
"Les paysans ne comprennent pas qu'on parle toujours de produits, de productivité, de marchés et de crédits mais jamais de celles et de ceux qui sont à l'origine". On trouvera les autres messages dans le livre. Puis Mamadou fait la relecture de l'histoire depuis l'indépendance jusqu'à aujourd'hui entre la paysannerie et l'Etat.
Il revient ensuite sur son expérience à Bamba Thialène, dans l'est du pays, ce village qui l'a accueilli, lui, le Malien d'origine. Ce village fut un vrai creuset pour sa pensée. Il rappelle la réflexion sur la soudure et la gestion des ressources menées avec ses amis du village. Naît alors un comité d'action du village s'appuyant sur une profession de foi rédigée en commun. Mamadou raconte ensuite la naissance de l'entente, association des villages de Koupentoum dont Bamba Thialène, puis la naissance d'autres ententes dans d'autres villages et de groupements d'intérêts économiques. L'entente, association qui, sans aide extérieure, travaillait à son autonomie et pour la sécurité alimentaire. 
Il y eut aussi l'expérience de Carrefour en 1988, une association paysanne en charge de la commercialisation de produits agricoles du Sénégal, du Mali, de Guinée Bissau et de Gambie. Mais cette expérience n'a pu réussir pour des raisons que Mamadou explique brièvement.
Le siège de la FONGS à Thiès
Dès 1978, Mamadou découvre avec ses amis qu'en d'autres lieux du Sénégal d'autres paysans s'organisent et naît la FONGS. L'entente de Koumpentoum adhère à la FONGS mais ne s'y retrouve pas complètement car la FONGS était un peu un melting-pot sans une vision structurée. Mamadou raconte alors les difficultés rencontrées pour mettre des objectifs clairs au sein de la FONGS et bien gérer la relation avec des partenaires extérieurs.
En 1989, la FONGS prend langue avec la FAO qui décide d'étudier, avec des membres de la FONGS, la politique agricole du Sénégal et la situation des paysans. La relation débouche en février 1993 sur un forum sur le thème "quel avenir pour le paysan sénégalais ?". Ce forum sera suivi d'un important travail à la base qui débouchera, en mars 1993 sur la naissance du CNCR. Etape importante qui rassemblera dans l'action commune des pêcheurs, des paysans, des forestiers, des horticulteurs etc. et qui dès lors, influera sur la politique agricole nationale. Mamadou raconte avec brio les difficultés rencontrées dans cette période.
Pour en savoir plus sur la FONGS : http://www.fongs.sn/
La tête de Mamadou tourne à 100 à l'heure avec un réalisme permanent. Il a vite compris que l'ensemble des paysans de l'Afrique de l'Ouest, globalement, sont confrontés aux mêmes problèmes au sein de structures administratives nationales mais aussi régionales (L'UEMOA, la CEDEAO). Aussi, très vite, Mamadou et ses collaborateurs n'ont de cesse de créer une organisation paysanne sous-régionale, le ROPPA (Réseau des organisations paysannes et des producteurs de l'Afrique de l'Ouest. J'étais à la fondation de ce réseau en 2000. Quel grand moment, aboutissement de l’opiniâtreté de Mamadou pour faire avancer le mouvement paysan. Ne recherchant pas les titres, il ne s'est pas présenté comme Président du ROPPA. Mais, en toute logique, ses pairs l'ont nommé Président d'honneur. Ce fut Ndiogou Fall qui fut Président du ROPPA de 2000 à 2010, compagnon de route de Mamadou Cissokho dès l'époque de la FONGS. Ce fut une grande tristesse pour tous, pour Mamadou et pour moi lorsque fut appris le décès de Ndiogou Fall en mai 2011. 
Ndiogou Fall, ancien président du ROPPA
 et compagnon de route de Mamadou Cissokho
Une fois posées les bases du mouvement paysan ouest africain, Mamadou Cissokho et son équipe n'auront de cesse de lui donner une vision centrée sur le devenir de l'exploitation familiale et sur la sécurité / souveraineté alimentaire.
Dans la suite de son ouvrage Mamadou Cissokho développe autour des trois grands objectifs du ROPPA : 
1. Promouvoir les dialogues et la concertation entre toutes les parties concernées par le développement rural ;
2. Construire la sous région d'Afrique de l'Ouest ;
3. Assurer la souveraineté alimentaire par nos exploitations familiales.
A chaque fois, Mamadou prend soin de reprendre l'histoire des faits et des débats depuis la colonisation. Et ne parle pas la langue de bois ! Il explique les difficultés du mouvement paysan avec l'Etat mais aussi avec la Banque mondiale ou d'autres coopérations bilatérales. Quand aux accords APE avec l'Europe, il se bat pour que ces accords ne soient pas signés eux qui veulent ouvrir les frontières africaines aux produits alimentaires de l'Europe.
Dans le dernier chapitre "pour comprendre nos propres vies, revenons à nos racines" Mamadou Cissokho explique plus en détail le cheminement de sa réflexion tout au long de sa vie militante. Ce chapitre est particulièrement intéressant.
Dans sa conclusion le livre donne trois priorités : 1. reconstituer et valoriser les ressources naturelles "qui ont été excessivement sollicitées"; 2. développer et sécuriser les ressources humaines par la protection et la création d'emplois ruraux rémunérateurs et producteurs de richesses et d'espérance. 3. Assainir et reconstruire le politique car depuis les indépendances, "nous avons largement oublié la justice sociale et le dialogue". En final, Mamadou suggère de promouvoir ensemble un projet de société, de "refonder l'Etat".
Une idée qui pourrait bien avoir écho chez tous les indignés d'Europe et chez tous ceux qui appellent de leurs voeux des changements de société. Comme quoi on peut aussi apprendre d'un paysan africain. On le savait mais cela va mieux en le disant ! A lire absolument !!!





  

lundi 8 août 2011

FAMINE DANS LA CORNE DE L'AFRIQUE : LA HONTE DU SYSTEME !

Des raisons objectives d'être indignés !
J'ai commencé ma carrière dans le développement en 1973 (Plus de trente ans!) sur des questions de famine massive au Niger qui a donné lieu à des grands mouvements migratoires des touaregs dans toute l'Afrique de l'Ouest. 
Touaregs du Sénégal
Il y a eu la grande famine dans la corne de l'Afrique en 1991! Et voilà que cela recommence dans la Corne de l'Afrique !!! Et encore, encore les famines massives : qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans ce monde ?


Pas de chance : la solidarité internationale risque de ne pas marcher si on en croît les chiffres :
Donc pour douze millions de personnes en danger il faudrait 1,9 milliards de dollars pour les sauver. Malheureusement il semble qu'il reste 1,14 milliards de dollars à trouver. Et chaque jour des gens et des enfants meurent. 
Femme au travail (!!!) en Ethiopie
De toutes façons il faut se méfier des promesses énoncées par les politiciens.  On l'a bien vu en Haïti après le séisme : selon le site cyberpresse.ca on apprend que moins de la moitié des dons promis à Haïti lors d'une conférence des Nations unies en mars 2010 pour la période allant jusqu'à fin 2011 a été effectivement versée, selon des chiffres publiés par la Banque mondiale. Lors de cette conférence qui s'était tenue à New York, 55 donateurs avaient promis 4,58 milliards de dollars de financements sous forme de subventions à engager en 2010 et 2011 pour reconstruire Haïti, a rappelé la Banque mondiale dans un rapport sur le fonds qu'elle gère pour le pays.«Sur cette somme, à la date de juin 2011, les donateurs ont déboursé 1,74 milliard de dollars, ce qui représente 38% du total des fonds promis à Haïti pour 2010 et 2011», a indiqué l'institution.

Et pourtant si on compare les chiffres de l'aide nécessaire pour la Corne de l'Afrique (1,9 milliards de dollars) à d'autres chiffres, il y a de quoi avoir le vertige... et l'indignation
Bénéfice net de quelques grandes entreprises premier semestre 2011
Pas moyen de trouver un petit don pour les Ethiopiens et Somaliens ?
Nous retrouverons ces chiffres lorsque nous parlerons de la crise de "l'Euro". Un autre tableau comparatif est intéressant, celui de la dette publique de quelques pays occidentaux.
Nous parlons bien en milliards d'euros. la dette des Etats Unis (10 mille milliards d'euros !!!) n'est pas une mince affaire qui a bien financé quelques guerres étranges et étrangères. Y'a pas un petit quelque chose pour les Somaliens et Ethiopiens, pour ces douze millions de personnes ?

Le soutien à la Grèce (quelques 165 milliards d'euros) va coûter à la France 15 milliards d'euros (une paille !). Y'aurait pas un peu pour la corne de l'Afrique ?

J'allais oublier. Une mauvaise langue, gauchiste s'il en est (sic), la FAO, pointe comme cause principale de la famine la demande pour les agrocarburants et la surexploitation des sols (Le Monde du 3/8/11). L'article note : "C'est donc du côté des agrocarburants que se trouve la cause principale de la hausse de la demande. L'industrie des agrocarburants, basée dans les pays émergents comme dans les pays développés, absorbe 40 % du maïs produit aux Etats-Unis et les deux tiers des huiles végétales de l'UE. Ce développement spectaculaire a été rendu possible, souligne la FAO, par un soutien public massif sous formes de subventions, d'exonération de taxes et d'obligations d'achat, estimé à 5,6 milliards d'euros en Europe et aux Etats-Unis. En parallèle, le soutien à tous les autres secteurs agricoles s'amenuisait". 
De son côté Charlie Hebdo, sous le titre grinçant de "METTEZ UN SOMALIEN DANS VOTRE MOTEUR" cite l'exemple du Kenya : "L’exemple du Kenya est d’autant plus frappant qu’il est au cœur de la zone actuelle de grande famine. Le quotidien de Londres The Guardian du 2 juillet raconte comment un village de 427 âmes du delta du Tana a été détruit de fond en comble pour laisser la place à une plantation de canne à sucre destinée aux biocarburants européens. Très joyeux. On se croirait revenu au beau temps des colonies. Un témoin raconte «Ils nous ont dit que nous serions tous brûlés si nous ne partions pas […]. Aucun d’entre nous n’a compris pourquoi. » Aucun? Ces Africains sont vraiment de grands enfants. Et nos réservoirs, les gars? Dans L’Éthiopie voisine, pareil. Kuraz Sugar Project, compagnie d’État, est en train de vendre 150 000 hectares de terres fertiles dans La vallée de l’Omo, destinés aux biocarburants tirés de la canne à sucre. La compagnie italienne Fri-El Green, installée au sud de l’Omo, gère déjà 30 000 hectares de palmiers à huile, dans Le même but, comme le révèle l’association Survival".

Dis, papa, c'est quoi le développement ? Mon fils, après 30 ans dans cette galère je ne sais plus. Il y a pourtant des solutions, des milliers de solutions. Mais le profit, mon fils, tue tout, déséquilibre tout et écrase les hommes. C'est aussi ce qui va empirer dans les pays du Nord... Bientôt très bientôt...

HÔTEL HAÏTI : UN BEAU REPORTAGE D'ARTE SUR HAÏTI

Le palais présidentiel avant le tremblement

Le palais présidentiel après le tremblement
De temps en temps apparaissent sur les écrans de télévision des reportages valorisant Haïti. Ce fut le cas hier soir. La chaîne franco allemande ARTE a produit hier soir "Hôtel Haïti". Merveilleux ! Avec comme fil conducteur l'histoire et la vie du magnifique hôtel Olofson qui a résisté au tremblement de terre de 12 janvier 2010, les reporters expliquent l'histoire du pays, l'art (peinture et musique), le Vodou, la vie des gens après le tremblement de terre. Beaucoup de respect et de témoignages dans ce film. Et beaucoup de finesse dans les commentaires.
A voir absolument par tous ceux qui aiment Haïti. Voici le lien : http://videos.arte.tv/fr/videos/hotel_haiti-4067588.html


Profitez bien. C'est beau et cela repose !

vendredi 5 août 2011

JEUNES EN QUENOUILLE...


JEUNES EN QUENOUILLE 
Article rédigé en 2006 et réactualisé

2011 : rentré en France je ne peux que penser à ces jeunes de la restauration que j'ai beaucoup fréquentés et qui acceptent de travailler alors que leurs salaires ne sont pas payés depuis 9 mois, sans que cela n’émeuve personne, ni les propriétaires des réceptifs touristiques, ni les ONG de solidarité censées soutenir une entreprise qui devait donner des débouchés aux produits des ruraux et créer de l’emploi pour les jeunes. 
Angélique, qui accueille si bien les clients et les enfants,
n'est pas payée depuis 9 mois alors qu'elle est chef de restaurant
 

2006 : Parlons des jeunes hommes. Je rentre de Meckhe, au nord de Thiès au Sénégal, ce vendredi 22 juin. Là-bas, il y avait de la tristesse dans l’air : plusieurs jeunes ont quitté la région et n’ont pas donné de leurs nouvelles depuis plusieurs semaines. Tous mes amis paysans pensent à ces embarquements vers la mort qui partent en direction des Canaries. Sûr que des jeunes de Meckhe ne donneront jamais de leurs nouvelles. La mer est dangereuse.

Batch nous dit, avec tristesse, car son organisation de producteurs essaie de stabiliser les jeunes dans la région avec des financements et de la création d’emplois, de l’accompagnement des exploitations familiales, que des crieurs viennent faire campagne dans les villages pour que ceux-ci partent en émigration. Ces racoleurs annoncent les prix, très officiellement : 500 000 FCFA pour partir en pirogue vers les Canaries, 300 000 FCFA par la terre via Agadir.
Il faut reconnaître que la pêche n'est plus si rentable.
La tentation de l'exil est forte
On dit beaucoup dans la presse sénégalaise que ce sont les jeunes pêcheurs qui partent. C’est probablement vrai. Il n’empêche que les jeunes ruraux des régions de l’intérieur cherchent eux aussi à fuir, généralement vers Touba (la capitale des Mourides, principale confrérie musulmane du Sénégal) ou vers Dakar. Mais une quantité importante de jeunes a pris l’habitude de partir vers la petite côte (Joal, Mbour) car autour du poisson se développaient plein de métiers annexes. Aujourd’hui, du fait de la diminution de la ressource halieutique, la zone de pêche devient une zone de chômage grandissant. L’itinéraire des jeunes des zones rurales est donc le suivant pour nombre d’entre eux : recherche d’emploi sur la petite côte puis embarquement vers l’enfer (si le bateau coule) ou vers le paradis (si on arrive aux Canaries à passer au travers des mailles du contrôle de l’immigration. Pour l’heure 11 000 Africains sont parqués aux Canaries.
Quelle autre alternative pour les jeunes
 que les petits boulots ?
Qui aurait crû il y a quelques années que le Sénégal connaîtrait comme le Vietnam, le Cambodge, l’Albanie ou Haïti des boat people ? Certains membres de la communauté internationale minimisent, disant que l’immigration a toujours existé en masse. Mais depuis que la communauté internationale aide le Maroc à fermer ses frontières, alors le bateau devient la solution… et il est plus visible que ces jeunes qui se joignent aux caravanes pour traverser le désert.

En Afrique, la question des jeunes n’est pas une priorité. La priorité au Sénégal est de remporter les élections. Il n’y a pas de politique agricole, de politique des jeunes, de politique de l’emploi. L’opportunisme est le cœur des stratégies politiques. Pourtant les jeunes représentent plus de 60% de la population. On fabrique des programmes de lutte contre la pauvreté inefficaces. On oublie que les pauvres sont d’abord les ruraux et que les jeunes de la ville comme ceux de la campagne ne peuvent plus accepter la situation qui leur est offerte. C’est la principale leçon de la descente aux enfers de Haïti. Une amie agronome, très impliquée sur la question des droits de l’homme, disait à propos de l’insécurité : « 30% des délinquants agresseurs ont moins de 15 ans, 30% ont entre 15 et 28 ans. Le reste des délinquants à moins de 25 ans. On ne peut pas les tuer ou les mettre tous en prison ! Il faut créer de l’emploi ». Il y a du bon sens dans cette proposition. Mais qui rebondira ?

Et puis, en 2011, sont venues ce qu’on appelle les révolutions arabes. Nul doute que ces révolutions sont d’abord une révolte des jeunes. Dans tous les pays du Sud les jeunes sont malmenés, qu’ils aient ou non des diplômes. L’emploi est rare en ville et les ruraux ne trouvent pas les financements pour mettre en valeur leurs terres. Alors on trouve une sociologue rwandaise qui reste standardiste malgré sa licence, des professeurs de mathématiques haïtiens chauffeurs de taxi à Miami sans compter tous ces jeunes sans diplômes qui forment le lumpen prolétariat des quartiers insalubres des grandes villes.
Plutôt que de vendre son corps,
vendre des légumes pour aider maman
Dans les centres touristiques, les jeunes filles cherchent le Blanc qui sera leur jackpot… L’amour n’est pas là. Juste les sous, surtout pour faire vivre la famille… Et pendant ce temps on apprend que les corps d'une centaine de personnes qui fuyaient l'Afrique ont été jetés en mer.

BIODIVERSITE : MA DEUXIEME PAGE DE BLOG

Un blog n'est pas fait pour rendre triste ! S'il est beau, c'est un plus. Alors je vous invite à voir ma deuxième page, tout en photos sur quelques oiseaux, libellules et autres papillons. Prenez votre temps avec ces trois diaporamas. Et donnez votre avis !!!
EN DEUXIEME PAGE DES LIBELLULES...

DES OISEAUX...

ET DES PAPILLONS... EN MUSIQUE